Alors bien sûr, chacun éprouvera spontanément attrait ou répulsion, selon qu’au premier coup d’œil
s’ imposera l’impression d’une explosion de joie ou de violence…
…Alors bien sûr, cédant à une insistance habitude, chacun se questionnera, voudra savoir : c’est quoi ?
ça représente quoi ?
…Chacun voudra connaître et reconnaître …. Eruption volcanique ? Roches en fusion que les soubresauts telluriques arrachent aux entrailles de la Terre ? Entrailles ? Chairs déchirées, déchiquetées ? Insurrection
du sang qui bat aux tempes ?....
C’est tout cela, sans savoir à choisir …. Et rien de cela… Qu’importe……..
Les longues coulées de couleurs emportent avec elles les mots ; les éclats, les explosions de lumière brisent
la régularité des phrases, anéantissent les tentatives de description, de narration….Il nous faut regarder
et nous dire, avec Claudel : « Il ne faut pas, comprendre, il faut perdre connaissance »
Là, tout défaille : tout est affaire de défaillance, de choc, de commotion….
Non que la peinture de Gérard Doutreleau soit de quelque façon la célébration d’un anéantissement !
bien au contraire, elle nous reconduit vers le plus réel, le plus originel : le jaillissement de l’émotion, rebelle, revêche, indomptable ; jouissance et souffrance de la vie qui se lève en soi, qui s’endure, s’exalte.
Peinture furieuse, rageuse, de colère et de joie, à tout détruire, à tout casser, rage de vivre, silencieuse et tonitruante, fouillant à même la chair, explorant, expérimentant par la mise à nue de la vie, de l’invisible vie,
ce que c’est de vivre et le sens de vivre, avant tous les mots, et le figure, pour qu’on « sache »
d’une muette évidence et qu’on n’oublie pas.