Expositions de peinture · Dijon
Juste avant...
L'annonce en détail
Depuis une dizaine d’années, mon travail est essentiellement tourné vers le dessin, et traite de nos rapports angoissés au monde. Mes dessins faits de juxtapositions de formes et d’images hétérogènes, peuvent surprendre au premier regard par l’éclat des couleurs et la composition dense et dynamique. Puis dans un second temps, les collages visuels génèrent un sentiment d’inquiétude. Ces fragments d’univers différents se côtoient faisant osciller nos repères, de l’attraction à la répulsion, générant ainsi de l’incertitude pouvant ouvrir au dialogue les différentes représentations.
Les derniers travaux sont marqués par les regards. Des yeux anonymes et énigmatiques nous prennent à témoin et créent un sentiment d’inquiétude. Être inquiet, c’est désirer être articulé à des besoins, c’est le symptôme d’une capacité à se créer des représentations de son inquiétude.
Ces yeux sont des directions vers un hors-champ et laisse la place au spectateur d’envisager le contexte de ces émotions. Représenter l’effroi d’un regard sans connaître les raisons de cette peur, permet de matérialiser l’angoisse qui peut nous étreindre en ce moment.
La peur est souvent floue, c’est le domaine de l’indéfinissable qui crée le soupçon. Elle est ce moment singulier de l’instant qui précède l’apparition du péril entrevu, fictif ou réel, qui au cinéma est le préambule du drame.
La peur est donc un préliminaire à une action, un moteur narratif qui se nourrit des représentations qu’elle crée. Elle est une sorte de sas qui sépare le monde comme représentation, du monde comme expérience. Elle est ce moment de vigilance qui signale que nous entrons dans la réalité. Nous sommes juste avant un changement, cette seconde inévitable, toujours imminente et calme, juste avant que la chose s’emballe. Cet instant paradoxal de détente absolue et de tension extrême, nous met en éveil alors que nos représentations sont déjà parties chercher la peur.
C’est parce que le danger existe que nous nous figurons l’ordre et tentons de lui donner forme -– dialectique que le film noir rend palpable, en annonçant l’imminence d’un danger par une rupture de rythme, donc un changement d’ordre esthétique. À l’instar de la rencontre, le danger est « un accrochage » dans la toile du régulier, une déchirure intervient, produisant du nouveau et du pensable.
Au travers de ces représentations, l’important n’est pas de savoir qui regarde, mais qu’il y a matière à regarder et même précisément à voir, observer, comprendre et ainsi resituer notre regard pour lui donner toute sa puissance.
Ces dessins permettent de signifier l’instant avant que tout change. Les regards matérialisent la peur et relèvent d’une relation équivoque avec le réel qui annonce souvent de manière chaotique ce qui est vital à l’homme. Le réel n’est pas ce que l’on attend, c’est pourquoi il faut rester prêt à l’inattendu, au surgissement d’un changement. Pour favoriser cette ouverture à l’inconnu, je m’emploie à travailler l’inconfort afin que le spectateur subisse des injonctions contradictoires comme la séduction et la répulsion. Car j’aime ce qui ne va pas de soi, ce qui est rugueux et grinçant, pour que l’esprit puisse s’emballer. Car la raison est reliée à nos émotions. En être conscient, c’est avoir un pouvoir sur nos représentations et ne plus en être l’objet mais le sujet.
Créer son propre langage, c’est être à soi dans sa langue. Ce langage se déroule dans le temps homogène de son histoire et du monde. C’est être contemporain dans sa propre langue. Philippe Perez
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Artiste
Philippe Perez
Artiste plasticien