Fantine ou le désir coupable d'après victor hugo
France - Paris - Paris 10 (75010)
Tragédie pour marionnette public adulte et adolescent
Durée 1 heure
Adaptation et Mise en scène :
Alain Blanchard d'après Victor Hugo
Avec :
Jérôme Soufflet
Mélanie Depuiset
Julien Blanchard
Poupée :
Einat Landais
Construction décor :
Nicolas Blanchard
Blog « Le Monde.fr »
Une des perles rares
du Off 2008.
Fantine ou le désir coupable
Une perle rare
ou comment montrer l’immontrable
La compagnie Fabrique des arts d’à côté, issue de l’École Jacques-Lecoq, marie dans ses créations théâtrales le jeu d’acteur avec la présence essentielle de la marionnette. Dans son nouveau spectacle, « Fantine ou le Désir coupable », la poupée en bois joue le rôle primordial et constitue le prolongement du corps du comédien, en le doublant là où le théâtre touche aux limites du supportable.
Alain Blanchard, metteur en scène et cofondateur de la compagnie, se sert habilement du personnage des Misérables de Victor Hugo, Fantine, sombrant dans la pauvreté et la souffrance, pour dénoncer les injustices et les misères des femmes dans les sociétés de consommation actuelles. Il nous présente toute l’histoire du personnage hugolien : celle de la jeune fille misérable, abandonnée par son amant et qui, après avoir mis au monde Cosette, va s’abandonner à son tour. La représentation de la descente aux enfers de Fantine, qui vend, l’une après l’autre, chaque partie de son corps, s’élève contre le sort brutal et humiliant des petites gens de toutes les époques.
C’est donc un vrai manifeste contre l’acharnement de nos sociétés envers les individus vulnérables, créé à partir de l’histoire d’un personnage fictif et proclamé par deux artistes talentueux. Jérôme Soufflet y incarne avec une justesse cruelle tous les hommes, tous les salauds (amant ingrat, patron, maquereau, client…) que Fantine rencontre sur son chemin et qui l’emmènent de bas en bas. Mélanie Depuiset est habitée par toutes les femmes à qui Fantine est confrontée, et habite elle même la voix de la petite héroïne. Quant à la belle marionnette représentant Fantine, elle doit subir l’immontrable,manipulée avec grâce et tendresse par la comédienne. Toutes les violences qu’endure la poupée Fantine (l’arrachement des dents, des cheveux, mise à nu, viol, maladie…) font alors appel à la chosification de l’humain et nous touchent au plus
profond de nous-mêmes.
La belle adaptation de l’oeuvre littéraire au théâtre, la mise en scène minutieuse, l’intimité de la salle, la scénographie subtile,la pudeur et la justesse des comédiens qui s’effacent devant le jeu tragique de la marionnette, dont l’histoire « va se terminer mal » : tous les éléments sont là afin de nous offrir un spectacle émouvant et à la portée universelle. Une des perles rares de ce Off 2008. ¶
Maya SARACZYNSKA
Les Trois Coups
« RUE DU THEATRE : AVIGNON 2006 »
Laissez-vous emporter par la grâce de cet apologue tragique qui se joue hors du temps… Fantine, ce nom nous est aussi familier que celui de Cosette, de Monsieur Madeleine ou de Javert mais qui se souvient vraiment d’elle ? Que représente-t-elle aujourd’hui ? C’est ce que montrent deux comédiens qui par leurs jeux troublants raniment la figure oubliée de cette mater dolorosa.
FANTINE RÉENFANTÉE
Vous entrerez d’abord dans l’intimité d’une salle feutrée de noir, assis sur des petits bancs, vous ferez face à cette scène autour de laquelle va se mettre en branle l’impitoyable machinerie du destin. Qui pense encore que la marionnette est un jeu d’enfants ? Mélanie Depuiset semble jouer à la poupée mais s’efface pour lui insuffler la subtilité des sentiments. Sa Fantine serait fantoche sans la grâce de son maniement délicat. Fantine est un prolongement d’elle-même, portée, accompagnée avec tendresse ; la voix de la comédienne se nimbe de nuances enfantines qui animent une héroïne fragile et vulnérable prête à entrer dans le jeu des manipulations dont elle sera l’infortunée victime. Victime offerte à une société qui broie son lot de miséreux à la demande. Victime des hommes incarnés par le virtuose Jérôme Soufflet qui en revêt tous les masques : « Je joue tous les personnages masculins tout en restant moi-même, c’est normal, ils me ressemblent : ce sont tous des salauds. » Narrateur, amant, bourreau, patron, client, maquereau, poivrot, menteur, il est sincère mais « change souvent de sincérité ». Ainsi c’est ironiquement sous les traits de l’arracheur de dents qu’il essaie de dénoncer le mensonge dans lequel l’entretiennent les Thénardier. Peu à peu réduite à ses loques, au dénuement, Fantine devient l’objet d’une méchanceté sans conscience absoute par la résignation dont elle fait preuve. Pantin démembré, jouet impuissant de la fatalité, elle est livrée à la fosse commune, « celle qui ressemble au lit des filles publiques ». Les comédiens tamisent « les lumières du siècle du même nom » pour mieux mettre en lumière l’atemporalité de ce drame de la misère dont on fait aujourd’hui des comédies musicales.
Victime d’une société corruptrice qui se nourrit de la détresse, Fantine est cette allégorie troublante, éternelle, de l’innocence sacrifiée qui s’éteint dans la dignité des humbles et des anonymes.
Bérenice FANTINI
www.ruedutheatre.info
« France Bleu Vaucluse : Avignon 2006 »
« Approchez Messieurs dames!. Mon assistante et moi-même allons vous conter une histoire qui finit mal ». Trois personnages : une marionnette, Fantine, une comédienne manipulatrice et un comédien.
Cette histoire qui finit mal c’est l’histoire de Fantine, le personnage de Victor Hugo, fille du peuple, pauvre fille, comme il y en a aujourd’hui encore plein les rues.
Abandonnée par son amant Tholomyès dont elle a une fille, Cosette, Fantine est contrainte de confier son enfant aux Thénardier. Afin de leur envoyer les sommes écrasantes qu’ils réclament. Fantine se résout à vendre ses cheveux, ses dents et finalement son corps.
Jérôme Soufflet, véritable puits d’émotion, incarne à lui seul tous les salauds que Fantine rencontre et qui causent sa perte : Amant, arracheur de dents, ivrogne, client, maquereau….
Mais les hommes ne sont pas ses seuls bourreaux. Les femmes, jouées avec talent par Mélanie Depuiset, détruisent la misérable à leur manière : à coup de ragots…
Car cette pièce ne fait pas du féminisme primaire, elle dénonce l’acharnement de la société contre les pauvres et les vulnérables comme l’étaient les femmes au temps de Victor Hugo…. Et comme elles le sont encore aujourd’hui dans de nombreux coins du monde.
Le choix de la marionnette est pertinent car elle seule pouvait endurer, sur une scène, l’étendue des sévices subis par Fantine.
Un duo comédiens-marionnette harmonieux et cruel mais tellement humain.*
Julie Le Corre
« Atelier Théâtre » AVIGNON 2006
Qui se souvient de Fantine. la mère de Cosette ? Que représente-t-elle vraiment aujourd’hui ‘!C’est la question que nous pose La Fabrique des Arts... d’à côté qui dans ce spectacle troublant ranime la figure oubliée de ce personnage hugolien broyé par l’impitoyable machinerie du destin et de la société. Loin de la caricature, les deux comédiens se servent de la tragédie comme d’un manifeste et leur sincérité est souvent bouleversante. Mélanie Depuiset manie la (très belle) marionnette de Fantine avec une grâce incroyable. On dirait que c’est son âme qui conduit ses mains tant la marionnette devient - est - l’image et la représentation même de cette fragile héroïne. Victime des hommes, La « descente aux enfers » de Fantine, qui après avoir vendu ses cheveux se retrouve prostituée, le jeu du duo marionnette et comédienne est une des scènes les plus troublante du spectacle, plus terrible et parlante que «importe quel docu-réalité. C’est Jérôme Soufflet qui joue, en chair et en os tous les hommes : narrateur, amant, patron. Proxénète, ivrogne, etc. « Je joue tous les personnages masculins tout en restant moi-même, c’est normal, ils me ressemblent, ce sont tous des salauds ». Salauds, maladroits, dévoyés, artisans du destin maudit, ils entraînent la malheureuse Fantine toujours plus bas. Avec néanmoins ce qu’il faut d’humour pour faire passer le pire, ce spectacle dénonce avec sincérité, talent et humanisme la corruption, la détresse et la misère, il est véritablement violent et troublant. Nous n’étions que cinq dans la salle et cela aussi était troublant, troublant et attristant. E G R.
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