La caravane du documentaire euro arabe à Paris
La Caravane du documentaire euro arabe à Paris est la dernière activité en France de ce projet européen soutenu, depuis 2006, par le programme Euromed audiovisuel II de l’Union européenne...Les documentaires présentés dans ce cadre reflètent l’évolution d’un genre cinématographique qui a souvent été en retrait, dans le monde arabe, par rapport à son évolution un peu partout dans le monde. Produits dans des conditions difficiles, en marge des structures audiovisuelles officielles, ou co-produits par des producteurs européens, ces films reflètent l’émancipation des réalisateurs arabeset l’affirmation d’un cinéma documentaire arabe d’auteur. À travers les thématiques abordées et surtout à travers l’écriture cinématographique d’un grand nombre de ces documentaires, se dessine l’image d’un monde arabe en proie à ses peurs et à ses espérances, à ses conflits générationnels et identitaires, à ses guerres régionales et parfois même intestines. Bref, nous assistons à travers ces films, à tout ce qui hante le quotidien de l’homme et de la femme arabes, à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières géographiques traditionnelles. Venus d’horizons divers, confirmés ou bien débutants, les réalisateurs de ces documentaires euro arabes, portent sur leur société et sur eux-mêmes, un regard lucide et sans concession. Des vieux démons continuent à hanter des sociétés arabes en pleine mutation, dans des
films comme La Grotte de Maria de la Palestinienne Buthina Canan Khoury ou Gharsallah, la semence de Dieu du Tunisien Kamel Laaridhi. La question identitaire est encore une fois posée dans Salata Baladi (Salade Maison) de l’Égyptienne Nadia Kamel et dans Made in Egypt du franco-égyptien Karim Goury. Comme est analysée la crise des sociétés meurtries par des conflits incessants dans Après la Guerre, c’est toujours la guerre de Samir Abdallah, 33 jours de Mai Masri et Le Chaos créatif, 1er round de Hassan Zbib. Panser les plaies et se reconstruire après des périodes de détention
arbitraires est, par ailleurs, le souci de la Marocaine Leila Kilani dans Nos lieux interdits et des Libanais Joana Hadjithomas et Khalil Joreij, dans Khiam 2000-2007. Mais ce sont aussi des questions simples et bouleversantes qu’un film comme L’ombre de l’absence du palestinien Nasri Hajjaj pose à travers la relation à la mort, des palestiniens de la diaspora. Tout comme le travail sur la mémoire des pères et des aînés, leurs luttes, et leurs engagements politiques, dans Ouled Lenine de la franco tunisienne Nadia El Fani ou bien Mémoires du 8 Mai 1945 de l’Algérienne Mériem Hamidat. Ou bien dans les combats sportifs comme J’en ai vu des étoiles du Tunisien Hishem Ben Ammar, sur l’histoire des boxeurs tunisiens, du début du siècle à nos jours. Ce sont aussi des histoires ordinaires qui éclairent sur les sociétés arabes d’aujourd’hui, comme le film du Syrien Mayar Al Roumi Six histoires ordinaires, ou bien Joue à l’ombre de l’Algérien Mohamed Lakhdar Tati, ou encore ce quotidien empreint aussi bien, des histoires familiales que de la grande Histoire et que relate la Palestinienne Nahed Awad dans À 5 minutes de chez moi, ou la Jordanienne Mais Darwazah dans Take me Home, ou bien Le Tableau du Marocain Brahim Frittah, ou enfin le cinéma algérien à travers le film de Elodie Wattiaux et Sihem Merad Premier Plan, Algérie, un cinéma à tout cri. Autant de films que de regards éclectiques sur des sociétés proches et lointaines à la fois. Des jalons qui visent à mieux se connaître pour vivre ensemble entre voisins du nord et du sud de la Méditerranée.
Magda Wassef
Chef du département cinéma
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